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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 09:54

Voilà un personnage politique qui dérange la Municipalité... mais qui risque pas de monter de liste dissidente aux prochaines municipales.

"Désiré Bancel", comme écrit sur Wikipédia, François-Désiré en fait, fut élu député de la Drôme, le 13 mai 1849. Au cours de cette élection, les partisans de la "République démocratique et sociale", comme Bancel, l'emportèrent dans plusieurs départements ruraux, notamment dans le Midi et le Limousin. Au contraire du triomphe du candidat attrape-tout Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de, en 1848, l'élection de 1849 montre une population française clairement politisée, suivant une carte qui évolua après 1871, lentement mais suffisamment pour permettre l'enracinement de la République. L'"apprentissage de la République" de 1848-49 fut entretemps toutefois brisé par le coup d'Etat du Président Bonaparte en 1851. Ne pouvant se représenter, il préféra se faire sacrer empereur!

http://philosopedia.org/images/f/f2/Bbacard6.jpgUne partie des Drômois qui avaient élu Bancel se souleva en décembre 1851, à l'annonce du coup d'Etat. En témoigne encore le Monument de l'Insurgé à Crest, épicentre de l'insurrection. Bancel, comme Victor Hugo, préféra s'exiler à Bruxelles, jusqu'à l'Empire "libéral" en 1869, où il retrouva un siège de député, avant de mourir prématurément deux ans plus tard. Il fut statufié en 1897, devant la gare de Valence. Le "quarante-huitard" prêt à s'exiler, salue d'une main ses partisans et tient de l'autre un parapluie. Bref, un "indigné-mou" par rapport aux insurgés de Crest. Les démocs-socs comme Bancel étaient appelés rouges par leurs adversaires, mais ce sont les ancêtres des radicaux ou des divers-gauche, plutôt que du Front de Gauche.

 

 

Placée devant la gare, la statue fut enlevée en 1942 pour être fondue au profit de l'armée allemande - c'est les "vendanges de bronze". Elle fut retrouvée à Paris, confondue avec le corsaire Jean Bart et envoyée à Dunkerque, elle ne revint à Valence qu'en 1950, mutilée, au point de n'être réinstallée, près de la Porte Neuve, qu'en 1980. Suite à la réfection des boulevards, elle est revenue à son emplacement d'origine, approximativement, car elle était trop lourde pour être placée sur le parking souterrain.


Elle est donc placée au ras de la circulation automobile, au point qu'il est difficile d'en lire le texte sans se faire renverser:


François-Désiré Bancel

1822-1871

Député de la Drôme en 1849, fervent républicain et ami de Gambetta.


Le principal "fait d'arme" du héros, avoir pris le train de Bruxelles en même temps que Victor Hugo, est oublié. Tiens donc!

 

Aucune cérémonie officielle n'a accompagné cette réinstallation, pourtant signalée avec emphase sur le blog de Gérard Bouchet*, maire-adjoint "Républicain et Citoyen". En quoi le bon Bancel gêne t-il au point d'être ainsi rétrogradé à la circulation? Continuerait-on à confondre ce maître d'éloquence avec la caillera Jan Baert qui maîtrisait à peine notre belle langue? Ou bien est-ce sa qualité de franc-maçon, susceptible d'exciter les complotistes de toutes les chapelles?


Non... c'est bien sa qualité de républicain sûr des valeurs de la République qui pose problème à notre municipalité socialiste, écologiste, radicale, chevènementiste!

L'affaire est signalée dans un dossier de la Revue drômoise dirigé par Alain Balsan. L'épitaphe à lire aurait dû être un tout petit peu plus longue:


Opposant à Napoléon III, il doit s'exiler à Bruxelles.

Rentré en France, il est réélu député en 1869.

 

Le raccourcissement du texte a été demandé par l'association bonapartiste, Bonaparte à Valence. Rappeler que le Second Empire, comme du reste le Premier, reposait sur un coup d'Etat primitif est jugé incompatible avec la concentration annuelle de "grognards" qui remplit chaque année les hôtels de Valence. Enfin, ceux qui ne campent pas. Lorsque l'Empire contre-attaque, la Municipalité accepte naturellement toutes ses doléances... 

 

J'ai qualifié un peu plus haut l'exil de Bancel d'indignation molle face au coup d'Etat. C'est injuste. Et puis désormais, quels mots restent-ils pour qualifier la capitulation de la République à Valence** ?


 

Bancel 

Bancel par Yan

* A qui nous décernons tout naturellement la première noix d'honneur de ce site.

** Sauf erreur de ma part, l'opposition municipale n'a pas du tout protesté à ce sujet. Elle est bien occupée par ailleurs. Nous en reparlerons...

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